VIII European Swahili Workshop

 

Papers

Click on the paper title and the paper will open as a pdf file. The files are for workshop participants only and are password protected.
Please email us if you do not have the password or if you have any difficulty opening the files.

Nadine Beckmann

University of Leeds

 

Medicines of Hope? The Tough Decision for Antiretroviral Use in Zanzibar, Tanzania

The provision of free antiretroviral treatment for AIDS in Zanzibar since March 2005 is the result of enormous struggles at a global scale and has provided immense relief for sufferers. At the same time, the new 'medicines of hope', as they quickly became known, have produced new uncertainties about how best to respond to HIV/AIDS, both for the infected individual and for the society at large. Drawing on three case studies I will show how HIV positive people struggle to make decisions in an environment characterised by deep uncertainties about the nature and causes of HIV/AIDS in particular, and about the continuity of Zanzibari society in general. Emphasising the processual nature of disease and the importance of a contextual approach, this paper brings to light the complex processes involved in making choices that may seem irrational and ignorant to Western health experts, but constitute 'responsible' behaviour nevertheless.

L'approvisionnement d'un traitement antirétroviral gratuit pour le SIDA à Zanzibar depuis mars 2005 est le résultat d'intenses luttes à l'échelle mondiale, et a fourni un immense soulagement pour les malades. En même temps, ce que l'on appelle les nouveaux médicaments «d'espoir», ont produit de nouvelles incertitudes sur la meilleure façon de répondre au VIH / SIDA, à la fois pour la personne infectée et pour la société dans son ensemble. S'appuyant sur trois études de cas, je vais montrer comment les individus séropositifs luttent afin de prendre des décisions dans un environnement caractérisé par des incertitudes profondes sur la nature et les causes du VIH / SIDA en particulier, et sur la continuité de la société de Zanzibar en général. Soulignant la nature processuelle de la maladie et l'importance d'une approche contextuelle, ce document met en lumière les processus complexes impliqués dans les choix qui peuvent paraître irrationnels et emprunts d'ignorance aux yeux des experts en santé du Nord, mais qui constituent néanmoins des comportements «responsables».

Sophie Blanchy

Université Paris Ouest

 

Force des principes, évolution des institutions: La société de Ngazidja (Comores) à l'épreuve du temps et de la migration

The social organization of Ngazidja presents a unique combination of contradictory traits, existing in a disjointed manner in neighboring African and Swahili societies. This Muslim society is indeed structured by the matrilineal principle and organized by an age system, two mutually articulated institutions that incorporate a lineage hierarchy and statutory male grades. The complex organization that results constitutes the backbone of the political city, the appropriate framework for social relations, in Ngazidja as in lands of migration, where it is reflected in village representation. Democratic and egalitarian forces that would erode the former hierarchies, paradoxically reinforce the principles of this organization. One wonders, in light of recent social changes, where the limits might lie.

L'organisation sociale de Ngazidja présente une combinaison unique de traits contradictoires, existant de manière disjointe dans les sociétés africaines et swahilies voisines. Cette société musulmane est en effet structurée par le principe matrilinéaire et organisée en système d'âge, deux institutions articulées mutuellement qui intègrent une hiérarchie lignagère et des grades statutaires masculins. L'organisation complexe qui en résulte constitue l'armature de la cité politique, cadre pertinent des rapports sociaux, à Ngazidja comme en terre de migration où la représentation villageoise lui fait écho. Les forces démocratiques et égalitaristes, qui atténuent les anciennes hiérarchies, confortent paradoxalement les principes de cette organisation. On se demandera, à la lumière des changements sociaux récents, où en sont les limites.

Sophie Bouffart

Université Paris Ouest

 

Stratégies politiques à travers les rites de possession à Mayotte, futur département français

In a context of voluntary annexation to a European power, Mayotte seems to have made the choice of unrestrained economic development in order to qualify to become a French department next year. This small island must change its economy but also some of its social structures, thus creating contradictions with its traditional values. It is in this context that a number of rites of possession evolve simultaneously. In those rites memory, both individual and collective, finds its possible reuse and a reinterpretation suitable for its investment in political, economic and cultural life of contemporary Mayotte, all in the context of new challenges. Rituals of possession are a good tool for understanding contemporary Mahorais society and its responsiveness.

Dans un contexte d'un rattachement volontaire à une métropole européenne, Mayotte semble avoir fait le choix d'un développement économique effréné afin de pouvoir prétendre à devenir un département français l'année prochaine. Cette petite île doit pour cela modifier son économie mais aussi certaines de ses structures sociales créant des contradictions avec ses valeurs traditionnelles. C'est dans ce contexte qu'évoluent simultanément plusieurs rites de possession. Au travers de ces rites la mémoire individuelle comme collective, trouve sa possible réutilisation et une réinterprétation adéquate à son investissement dans la vie politique, économique et culturelle mahoraise actuelle, face aux nouveaux enjeux. Les rites de possession sont un bon outil de compréhension de la société mahoraise actuelle et de sa réactivité.

Pat Caplan

Goldsmiths College

 

Studying social change through life history: the biography of a Mafian 1953-2002

I am currently engaged in writing the biography of a man from Mafia whose life enables an exploration of the history of several places in Tanzania - Mafia Island, Zanzibar and Dar es Salaam - over five decades, from just before the end of colonial rule until the beginning of the new millennium. This period of monumental socio-economic change forms a backdrop to an exploration in this paper of notions of morality and duty in terms of both family and community. As an adult, the subject had responsibility for ageing parents, his own children, and those of his deceased sister and his male cousin, a total of some sixteen in all. He resigned from his job in Dar in order to be able to devote himself to his ailing father and continue to supervise the Koran school set up on Mafia by the latter. Yet although his own ambitions to undertake further education were thwarted by his familial problems, he managed at least partially to transcend these difficult circumstances; together with some friends, he set up an NGO on Mafia Island, which campaigned, inter alia, for secondary schooling on the island, and later became involved in cooperative projects. He also stood as a candidate in local elections. The subject's notions of responsibility were informed not only by his view on the meaning of kinship in Swahili society, but also his interpretation of Islam.

Je suis actuellement occupée à écrire la biographie d'un homme de Mafia, dont la vie permet une exploration de l'histoire de plusieurs lieux en Tanzanie - l'île de Mafia, Zanzibar et Dar es Salaam - à travers cinq décennies, depuis les dernières années de la domination coloniale jusqu'au début du nouveau millénaire. Cette période, marquée par un changement socio-économique profond, sert ici de toile de fond à une exploration, des notions de moralité et de droit en termes à la fois familiaux et communautaires. En tant qu'adulte, le sujet de cette biographie a eu la responsabilité de ses parents âgés, ses propres enfants, et ceux de sa défunte soeur et de son cousin, soit un total de seize personnes. Il a démissionné de son poste à Dar afin d'être en mesure de se consacrer à son père malade et de continuer à superviser l'école coranique mise en place à Mafia par ce dernier. Pourtant, bien que ses propres ambitions de poursuivre ses études ont été contrecarrées par ses problèmes familiaux, il a réussi au moins partiellement à surmonter ces circonstances difficiles; avec quelques amis, il a créé une ONG sur l'île de Mafia, qui a fait campagne, notamment, pour l'enseignement secondaire sur l'île, et plus tard participé à des projets coopératifs. Il s'est également porté candidat aux élections locales. Les notions de responsabilité du sujet ont pris consistance non seulement à partir de son point de vue sur le sens de la parenté dans la société swahilie, mais aussi sur son interprétation de l'islam.

Neil Carrier

University of Oxford

 

Kiswahili Hollywood Style: Linguistic use and abuse in the movies

Old - and not so old - films set in East Africa often contain a dash of Kiswahili here and there to add a touch of exotic authenticity, and some even use Kiswahili in their titles: for example, Hatari! and Kwa Heri. Kiswahili is often heard spoken by African actors amongst themselves, though more often is heard spoken by whites in conveying orders to their African workers - indeed, scriptwriters often seem to have only mastered the imperative case. This paper examines such linguistic usage in a range of films, and especially analyses the role such usage has in character development. In particular, it shows how the figure of the white hunter in a number of the films is given yet more command over his dangerous environment through his command of Kiswahili. Furthermore, Kiswahili is shown to be an ideal default language for such movies - one that conveys difference to viewers, while being highly familiar to many key East African personnel involved in their production.

Des films - anciens et moins anciens - tournés en Afrique de l'Est contiennent souvent un peu de swahili ici et là pour conférer un authenticité exotique, et certains utilisent même le kiswahili dans leurs titres: par exemple, Hatari! et Kwa Heri. On entend souvent les acteurs africains parler le Kiswahili entre eux, mais le plus souvent on l'entend parlé par des Blancs dans la transmission des ordres à leurs travailleurs africains - en effet, les scénaristes semblent souvent n'avoir maîtrisé que l'impératif. Cette communication examine ces usages linguistiques dans un éventail de films, et analyse surtout cet usage dans le développement des personnages. En particulier, il démontre comment la figure du chasseur blanc dans un certain nombre de films maîtrise encore plus son environnement dangereux par le biais de sa connaissance du kiswahili. En outre, le kiswahili est montré comme une langue idéale par défaut pour de tels films - une langue qui exprime la différence pour les téléspectateurs, tout en étant très familière à de nombreux membres clés du personnel d'Afrique orientale impliqués dans leur production.

Damir Ben Ali

CNDRS

 

Les tentatives de fusion de deux systèmes éducatifs comoriens : L'enseignement religieux en langues comorienne et arabe et l'enseignement laïc en langue française

The Comoros archipelago has an Islamic school system that teaches children to write their mother tongue in Arabic characters, instructs them in the practice of religion, and transmits the models, values and symbols of Comorian identity; and a secular school system, originally opened to a small minority destined to constitute a French-speaking bureaucratic elite. After independence, the Government decided to provide the country with an education appropriate to its needs and within its means. Both the Quranic and the secular schools and are integrated into a rural and communitarian educational system. The population, 90% of a peasant character, can actively participate in education, and children can integrate into the community and develop their personalities.

L'archipel des Comores possède une école coranique qui apprend aux enfants à transcrire la langue maternelle avec les signes de l'alphabet arabe, enseigne la pratique de la religion, et transmet les modèles, les valeurs et les symboles de l'identité comorienne, et une école laïque ouverte à l'origine, à une faible minorité pour former une élite bureaucratique francophone. Après l'indépendance, le Gouvernement a décidé de doter le pays d'une éducation répondant à ses besoins et correspondant à ses moyens. Les enseignements coranique et laïc sont intégrés dans un système éducatif rural et communautaire. La population à 90% paysanne peut participer activement à l'éducation et l'enfant s'intégré dans son milieu et épanouir sa personnalité

Francesca Declich

Universita di Urbino

 

Women's muslim practices and the teaching of Islam in Kiswahili and Kimwani in Ibo Island (Mozambique)

The Island of Ibo and the entire group of the Quirimbas Island have been among the crucial natural harboring areas of the Mozambican northern coast important for the traders within the Indian Ocean. For this reason the main islands (mostly Ibo) have been meeting points of people coming from many different countries and written Portuguese sources give account of these exchanges since the seventeenth century. The Muslim religion has been practiced in the Island through different trends brought in by Muslims coming from several countries of the Indian Ocean. Despite such long tradition of Muslim practice, however, the Island of Ibo nowadays, is not the base of any particular ulama as it is for other coastal urban areas that played a similar importance in the trades of the Indian Ocean. In nowadays Ibo the Muslim education in Koranic schools (madrasa) is carried out also by women teachers and, together with the masculine ones, exist dikri especially performed by groups of women. This paper will present an ethnographic account of the daily life Muslim practices in Ibo and the role women play in it.

L'île de Ibo ainsi que l'ensemble du groupe des îles Quirimba ont été, parmi les zones portuaires naturelles et cruciales de la côte nord du Mozambique, importants pour les commerçants de l'océan Indien. Pour cette raison, les îles principales (surtout Ibo) ont été des points de rencontre d'individus venus de divers pays, et les sources écrites portugaises témoignent de ces échanges depuis le XVIIe siècle. La religion musulmane a été pratiquée dans l'île suivant les différentes tendances introduites par les musulmans venus de plusieurs pays de l'océan Indien. Cependant, malgré cette longue tradition de la pratique musulmane, et à l'encontre d'autres zones urbaines côtières qui ont eu une telle importance dans les commerces de l'océan Indien, l'île de Ibo n'est pas actuellement le siège d'un ouléma particulier. De nos jours, à Ibo, l'éducation musulmane dans les écoles coraniques (madrasa) est également dirigée par les femmes, et il existe des dikri effectué par des groupes de femmes aussi bien que par des hommes. Cette communication présente une ethnographie des pratiques quotidiennes musulmanes dans la vie Ibo et le rôle que les femmes y jouent.

Marie-Aude Fouéré

EHESS

 

Competing memories of the 1964 Revolution and its aftermath in contemporary Zanzibar: the case of Dira newspaper

The official narrative produced by the Revolutionary Government of Zanzibar, combined with repressive measures, has banished the memory of violence and repression carried out by the regime of 1964-1975. This imposition of silence has not lead to a forgetting, but rather, has contributed to the clandestine transmission of memory narratives. Furthermore, recent collective initiatives attest that a phase of public circulation of clandestine memories has begun. This paper will explore the different facets of the emergence of alternative memories of that period, focusing more specifically on history and memory narratives published in Dira newspaper. It will show how issues raised engage with the current political life, and refer to collective representations of identity and nation in Zanzibar.

Le dispositif narratif officiel produit par le Gouvernement Révolutionnaire de Zanzibar, combiné à des mesures répressives, a banni la mémoire des violences et des répressions opérées par le régime de 1964 à 1975. Cette injonction de silence n'a pas entraîné l'oubli mais, au contraire, a contribué à la transmission clandestine de récits mémoriels. Par ailleurs, de récentes initiatives collectives attestent de l'entrée dans une phase de mise en circulation dans l'espace public de ces mémoires clandestines. L'article explorera les différentes facettes de la sortie de clandestinité des mémoires alternatives de cette période, en se focalisant plus particulièrement sur les récits historiques et mémoriels paru dans le journal Dira. Il montrera combien les enjeux soulevés s'inscrivent dans la vie politique actuelle, et renvoient aux représentations collectives de l'identité et de la nation à Zanzibar.

Ida Hadjivayanis

SOAS

 

Integration and Identity of Swahili Speakers in England: a case study of women speakers

An interesting feature of the recently arrived Swahili speaking communities of London, Milton Keynes and Northampton is their parallel integration into the English society alongside their current integration into the newly emerging spread of 'correct Islamic rituals' as opposed to the old traditional 'African Islam' from the Swahili coast. The new rituals with strong authorities, offer support in relation to birth, death and marriage hence adopt the role of the traditional Swahili extended family. At the same time, we find that Swahili traditional rituals are replaced by the new ones in terms of acceptable rituals, attires and relationships. This paper attempts to examine to what extent the current integration has changed the norms, Swahili cultural values and identities of the Swahili. To this end, I will use three case studies of women in the recently arrived Swahili speaking communities of London, Milton Keynes and Nortampton.

Une caractéristique intéressante des communautés swahilophones récemment arrivées à Londres, Milton Keynes et Northampton est leur intégration à la société anglaise parallèlement à leur intégration actuelle à la propagation émergente de «rites islamiques corrects," par opposition à l'ancienne tradition de «l'islam africain» de la côte swahilie. Les nouveaux rituels, avec une forte autorité, offrent un soutien lors de la naissance, de la mort et du mariage, assument donc le rôle de la famille élargie traditionnelle swahilie. En même temps, nous constatons que les rituels traditionnels swahilis sont remplacés par ces nouveaux rituels comme rituels, atours et relations acceptables. Ce document vise à examiner dans quelle mesure l'intégration en cours a changé les normes, les valeurs culturelles swahilies et les identités des Swahilis. À cette fin, je vais utiliser trois études de cas de femmes dans les communautés de langue swahilie récemment arrivées à Londres, Milton Keynes et Northampton.

Georgios Galinos
Hadjivayanis

Haki Ardhi

 

Marginalization of the Waswahili along the coast

The expansion of the Swahili towns along the coast has, to a great extent led to the marginalization of the Swahili in terms of their livelihood including land ownership and culture. Traditionally for instance, the Swahili women along the coast have earned their living by commercializing their home kitchens. The colonial policy of recruiting immigrants 'manamba' from the hinterlands to go and work in the plantations, harbour, roads and railways on bachelor wages restricted wives to accompany their husbands. The immigrant labourers were therefore obliged to depend on women food vendors who were mainly coastal Swahili women. It may be said that this was the first time that women were able to earn their own income out of their own kitchen enterprises. The women with support from their female children and other female extended family members prepared Swahili traditional food whose main ingredient was coconut milk. They cooked rice, beans, fish and green vegetable specifically from cassava leaves 'kisamvu', using coconut milk all the time. The clients were served with hot and fresh food in the household compound. This was typically Swahili traditional food. Today the situation has changed and the household kitchens that serve the migrant workers have changed. The household kitchens have gradually been replaced by street kitchens. Street kitchens are organized by non Swahili women as well as male entrepreneurs who have mostly come to the coast from hinterland. These street kitchens now prepare some kind of fast foods. The traditional Swahili foods have become outdated as they appear to be economically not viable. They prepare rice and all other dishes using vegetable oil which is cheaper and does not need any traditional skills. In addition there is an introduction of other fast foods such as chips, pizza made of eggs and chips or 'zege', roasted meat, stew of green bananas with meat or 'mtori' and so on. This new cultural taste is a result of ethnic diversity along the coastal area. Globalization of the economy has brought in a new clientele with diverse food taste subsequently marginalizing the traditional Swahili women food vendors and has also pushed the Swahili into the periphery of the cities. This paper attempts to show the impact of globalization in marginalizing the indigenous Swahili.

L'expansion des villes swahilies le long de la côte a dans une large mesure conduit à la marginalisation des Swahilis en ce qui concerne leurs moyens de subsistance, y compris la propriété foncière, et leur culture. Traditionnellement, par exemple, les femmes swahilies de la côte ont gagné leur vie en commercialisant la cuisine préparée à la maison. La politique coloniale de recrutement des immigrants «manamba» de l'arrière-pays qui travaillaient dans les plantations, le port, les routes et les chemins de fer pour des salaires de célibataire ne permettait pas aux femmes d'accompagner leurs maris. Les travailleurs immigrés ont donc été obligés de recourir aux vendeuses de nourriture qui, pour la plupart, étaient des femmes du littoral swahili. On peut dire que c'était la première fois que les femmes étaient capables de gagner leurs propres revenus grâce à leurs propres entreprises cuisinières. Les femmes, avec le soutien de leurs filles et d'autres femmes membres de la famille élargie, préparaient des aliments traditionnels swahilis dont le principal ingrédient était le lait de coco. Elles cuisinaient du riz, des haricots, des poissons et des légumes verts en particulier à partir de feuilles de manioc «kisamvu», ceci toujours à base de lait de coco. Des plats chauds et fraîchement préparés dans l'enceinte du foyer étaient servis aux clients. Il s'agissait d'aliments traditionnels swahilis. Aujourd'hui, la situation a changé et les cuisines des ménages qui servent les travailleurs migrants ont changé. Les cuisines des ménages ont été progressivement remplacées par les cuisines de rue. Les cuisines de rue sont organisées par des femmes non swahilies ainsi que des entrepreneurs de sexe masculin qui sont pour la plupart venus à la côte à partir de l'arrière-pays. Ces cuisines de rue préparent maintenant une sorte de "fast-food". Les aliments traditionnels swahilis sont devenus obsolètes, car ils ne semblent pas être économiquement viables. Ils préparent le riz et tous les autres plats à base d'huile végétale qui est moins coûteuse et ne nécessite aucun savoir-faire traditionnels. En outre, il y a eu introduction d'aliments de préparation rapide tels que les frites, les pizzas faites d'oeufs et de frites dites «zege», de viande grillée, de ragoût de bananes vertes à la viande appelé «mtori», etc. Ce nouveau goût culturel est le fruit de la diversité ethnique le long de la zone côtière. La mondialisation de l'économie a amené une nouvelle clientèle ayant des goûts divers, ce qui entraîne par conséquent la marginalisation des fournisseurs traditionnels swahilis et a également poussé les Swahilis vers la périphérie des villes. Cet article tente de montrer l'impact de la mondialisation dans la marginalisation des autochtones swahilis.

Paola Ivanov

Bayreuth University

 

Constructing Translocal Socioscapes: Consumerism, Aesthetics, and Visuality in Zanzibar Town

In examining the burgeoning practices of conspicuous consumption of imported commodities in contemporary Zanzibar Town, the paper seeks to go beyond simplifying interpretations of non-western consumerism by concentrating on the significance of aesthetics and beauty in Zanzibar's social life. It is argued that the topic of aesthetics, which is mostly neglected by anthropology, provides a clue to a deeper understanding of key processes of constructing difference and value, as well as of community building in Swahili societies. Such a perspective reveals specific, culturally shaped patterns not only of consumerism, but also of relating to the social and material world, which cannot be subsumed under western models.

En examinant les pratiques en plein essor de la consommation ostentatoire de produits importés dans la ville contemporaine de Zanzibar, la communication vise à dépasser les interprétations simplistes de la consommation non-occidentale en se concentrant sur l'importance de l'esthétique et de la beauté dans la vie sociale de Zanzibar. On propose que la question de l'esthétique, qui est le plus souvent négligée par l'anthropologie, donne un indice pour une meilleure compréhension des processus clés de la construction de la différence et de la valeur, ainsi que de la construction de la communauté dans les sociétés swahilies. Une telle perspective révèle des modèles spécifiques, culturellement façonnés, non seulement de la consommation, mais aussi de la relation avec le monde social et matériel, qui ne peuvent pas être inclus dans les modèles occidentaux.

Kjersti Larsen

University of Oslo

 

A remaking of social and cultural positioning? Reflections on mobility, belonging and sociopolitical trajectories in Zanzibar

Zanzibaris have over the last decades observed political changes affecting the organization of society; its economic and social structures. What are the local implications of these changes and how do they influence relationships and identity constructions as these are continuously formed during everyday life interactions and engagements? Exploring this question I shall focus on a certain milieu of Zanzibaris and a particular neighbourhood in Zanzibar Town, just beyond the Stone Town, which I have known since the early 1980s. The neighbourhood is inhabited by Zanzibaris belonging to a variety of different makabila or 'tribes', including Makumbaro. The paper focuses on an ongoing process of social and cultural repositioning taking place among the Makumbaro and discusses how broader sociopolitical and economic changes facilitates this process of repositioning. An additional question concerns what are the main sources of inspiration or motivation driving this repositioning? In concluding I wish to indicate how new forms of relationships both among the Makumbaro as well as between Makumbaro and Zanzibaris seeing themselves as belonging to other 'tribes' whether of Asian, Arabic or African origin.

Au cours des dernières décennies les Zanzibarites ont observé des changements politiques qui affectent l'organisation de la société, ses structures économiques et sociales. Quelles sont les conséquences locales de ces changements, comment influencent-ils les relations et les constructions identitaires qui se forment en continu au cours des interactions et des engagements de la vie quotidienne? En explorant cette question, je vais porter mon attention sur un certain milieu de Zanzibarites dans un quartier de Zanzibar Town, juste au-delà de Stone Town, que je connais depuis le début des années 1980. Le quartier est habité par une variété de makabila, ou «gens», différents, dont les Makumbaro. Cette contribution met l'accent sur un processus de repositionnement social et culturel parmi les Makumbaro, et explique comment des changements socio-politiques et économiques plus larges facilitent ce processus. Une seconde question s'intéressera aux principales sources d'inspiration ou de motivation à ce repositionnement. En conclusion je souhaite discuter les nouvelles formes de relations au sein des Makumbaro ainsi qu'entre Makumbaro et Zanzibarites qui se considèrent comme appartenant à d'autres «gens» qu'ils soient d'origine asiatique, arabe ou africaine.

Mohamed Saleh

Independent scholar

 

Space and Identity Among the Swahili

Before writing his famous article "Identity Through Cultural Haze" Ahmed Gurnah tried to obtain the opinion of a number of Zanzibaris on the fundaments that make them feel Zanzibari. To this end Gurnah sent out a questionnaire to more than 4 000 Zanzibaris, and I was one of those who took time to respond to the said questionnaire, on particular question of Zanzibari identity. In his findings Gurnah explains that very often the Zanzibaris could hardly distinguish between their Zanzibari identity and Swahili identity. In my response, I put particular emphasis on the question of space as a fundamental element of distinction that largely contributes in the definition of one's identity, notably in the plural society of Zanzibar and/or Swahili. Before it becomes a socio-psychological matter, the formulation of one's identity is first and foremost a geographical issue. It is determined by spatial inscription to where one's social construction begins. If one has to look into the various rites de passage which play a fundamental role in the construction of one's identity, one would observe that they only have meaning if they are performed within a particular and determined space. In this paper I will try to look into the role of these anthropological elements and the spatial hierarchies in the definition, distinction and perpetuation of Zanzibari and/or Swahili identity at local and trans-local levels.

Avant d'écrire son célèbre article «Identity Through Cultural Haze», Ahmed Gurnah a tenté d'obtenir l'avis de quelques Zanzibarites sur les fondements de ce qui les font se sentir Zanzibarites. À cette fin, Gurnah a envoyé un questionnaire à plus de 4 000 Zanzibarites, et j'étais un de ceux qui ont pris le temps de répondre au dit questionnaire, notamment sur la question de l'identité zanzibarite. Dans ses conclusions, Gurnah explique que très souvent les Zanzibarites ne peuvent guère distinguer entre leur identité et l'identité swahilie de Zanzibar. Dans ma réponse, j'ai mis un accent particulier sur la question de l'espace comme un élément fondamental de distinction qui contribue largement à la définition de l'identité, notamment dans la société plurielle de Zanzibar et / ou du Swahili. Avant de devenir une question socio-psychologique, la formulation de son identité est tout d'abord et avant tout une question de géographie. Elle est déterminée par l'inscription spatiale où chacun entame sa construction sociale. Si l'on doit se pencher sur les différents rites de passage qui jouent un rôle fondamental dans la construction de l'identité, on devrait observer qu'ils n'ont de sens que si ils sont exercés au sein d'un espace particulier et déterminé. Dans cette communication, je vais essayer d'analyser le rôle de ces éléments anthropologiques et des hiérarchies spatiales dans la définition, la distinction et la perpétuation de l'identité zanzibarite et / ou swahilie au niveau à la fois local et trans-local.

Farouk Topan

SOAS

 

Notes on 'Swahili Women in Britain: resilience and empowerment in a foreign land'

Significant changes have occurred in the lives of Swahili women since they were advised by Mwana Kupona in 1858 to be obedient (or perhaps even manipulative) wives. While Mwana Kupona set the ideal of how a Swahili woman should conduct herself in public and private domains, she presumed the existence of both within a more or less unified Swahili culture of the nineteenth century. Since then, that culture has interacted increasingly with Western values imported into the coast through various avenues during the colonial era. Strobel's studies in Mombasa, supplemented by those of others elsewhere (for example, Fair and Askew in Zanzibar and the Tanzanian mainland respectively) indicate the range of life style, aspirations and expectations of women in the social, political, economic and, to a lesser extent, religious spheres. How Swahili women cope with Western concepts and values is well illustrated by the choices they make in Britain, a country in which some of them have made their residence either by design or through compelling circumstances. This paper is an initial attempt at exploring their attitudes, perceptions and status within British society.

Des changements importants sont survenus dans les vies des femmes swahilies, depuis que Mwana Kupona leur a conseillées, en 1858, d'être des épouses obéissantes (voire même manipulatrices). Alors que Mwana Kupona a établi comment une femme swahilie devrait idéalement se conduire dans les domaines publics et privés, elle présumait l'existence de ces deux domaines au sein de la culture swahilie plus ou moins unifiée du XIXe siècle. Depuis lors, cette culture a de plus en plus interagi avec les valeurs occidentales importées sur la côte par des voies diverses au cours de la période coloniale. Les études de Strobel à Mombasa, complétées par d' autres menées ailleurs (par exemple, Fair et Askew respectivement à Zanzibar et en Tanzanie continentale) indiquent la gamme de modes de vie, les aspirations et les attentes des femmes dans les sphères sociales, politiques, économiques et, dans une moindre mesure, religieuses. La manière dont les femmes swahilies font face à des concepts et à des valeurs occidentales est bien illustrée par les choix qu'elles font en Grande-Bretagne, un pays dont certaines d'entre elles ont fait leur résidence, soit par choix, soit en raison de circonstances contraignantes. Ce document est un premier essai d'exploration de leurs attitudes, leurs perceptions et leurs statuts dans la société britannique.

Patrick Vernon

Clore Fellow
Chief Executive, Afiya Trust

 

The Doors Of Perception: In My Father's House. Carved Doors and Cultural Tourism in East Africa

This paper looks at the impact of globalisation and the historical relationship between Oman and East Africa, laying particular emphasis on the famous Omani and Swahili carved doors that are to be found all along the long famous East Coast of Africa, all the way from Mogadishu to Mozambique. The doors were mainly carved by skilled Omani craftsmen, as well Indian craftsmen and enslaved Africans between 100 to 200 years ago. These doors are now seen as very valuable commodities, so much so that it is now illegal in Kenya, Zanzibar and Tanzania for anyone to remove these doors from historic buildings. Today, these doors, in Lamu and in Zanzibar, are within UNESCO heritage sites. What makes the doors interesting is their history, the intricate carvings, and the fusion of designs, where pointed brass spikes were incorporated emanating from Indian door design ‹ where brass spikes were used to prevent the use of elephants in ramming them. The doors have different symbolic and cultural reference points. Some have floral and chain designs, others are arabesque and some include Quranic inscriptions, as well as the inscriptions of the original owners. Thanks to their resilient nature being made from hardwood such as teak, they have survived the ravages of time. Due to globalisation and cultural tourism these doors are now popular attractions linked to the history of slavery, trade and the spice routes as part of the Indian Ocean narrative. Many of the designs and materials are reproduced for hotels, as well as for private residences and businesses in creating a new cultural aesthetic, and employment opportunities for a new wave of craftsmen and women, and for the markets in the West and the Middle East.

Cette communication examine l'impact de la mondialisation et les relations historiques entre Oman et l'Afrique orientale, mettant particulièrement l'accent sur les célèbres portes sculptées omanaises et swahilies qui se trouvent tout au long de la côte est-africaine, de Mogadiscio jusqu'au Mozambique. Les portes étaient pour le plupart sculptées par d'habiles artisans omanais, ainsi que par des artisans indiens et des esclaves africains il y a 100 à 200 ans. Ces portes sont maintenant considérées comme des biens de grande valeur, si bien qu'il est maintenant illégal au Kenya, à Zanzibar et en Tanzanie d'enlever ces portes des bâtiments historiques. Aujourd'hui, à Lamu et à Zanzibar, ces portes font partie du patrimoine mondial de l'UNESCO. L'intérêt de ces portes relève de leur histoire, de leurs sculptures complexes, et de la fusion des motifs, telles les pointes en laiton, issues du style des portes indiennes - où ces pointes servaient à empêcher les éléphants de les abattre. Les portes ont des points de référence symboliques et culturels différents: certains motifs sont floraux et incorporent des ornements de chaînes, d'autres sont arabesque et comprennent des inscriptions coraniques, ainsi que les inscriptions des propriétaires d'origine. Grâce à leur résistance, ayant été fabriquées dans des bois durs tels que le teck, ces portes ont survécu aux ravages du temps. En raison de la mondialisation et du tourisme culturel, ces portes sont maintenant des attractions populaires liées à l'histoire de l'esclavage, du commerce et des routes des épices dans le cadre du discours narratif sur l'océan Indien. Beaucoup des motifs et des matériaux sont reproduits pour les hôtels, ainsi que pour les résidences privées, et les entreprises, créant une nouvelle esthétique culturelle, et des possibilités d'emploi pour une nouvelle vague d'artisans et d'artisanes, et pour les marchés en Occident et au Moyen-Orient.

Alessandra Vianello

Independent scholar

 

One hundred years in Brava: the migration of the Omar Ba Omar from Hadramaut to East Africa and back, c. 1890-1990

The history of the East African Coast is punctuated by migrations of groups or individuals from the Arabian peninsular. Much has been written on this topic, the historians' perspective shifting from a view that the East African coastal centers were "Arab colonies" to a more recent re-evaluation of the Swahili urban civilization as essentially African. However it has not proved easy to follow the movements of particular migrant groups since most of these (real or supposed) migrations occurred centuries ago. What prompted these migrations? What was the impact the newcomers had on the East African centers and how much did they contribute to the shaping of these cities and societies? How long did it take the Arab migrants to become fully integrated in the new socio-economic environment? The aim of this paper is to answer some of these questions by illustrating a migration that took place in the late nineteenth century and involved almost the entire South-Arabian qabila of the 'Umar Ba 'Umar, originally settled in and around Ghayl Ba Wazir, some 30 km. inland from the ports on Mukalla and Shihr. This group left the Hadramaut in the late 1880s and eventually settled in Brava, a costal city of Southern Somalia, c. 1890. The first mention of their presence in Brava is found in Brava's judicial records, which have been preserved for the period 1893-1900. Oral information, as well as personal observations by the author, cover the subsequent period of their life in Brava, which they left when the outbreak of the civil war in 1991 forced them to return to their original hometown in the Hadramaut.

L'histoire de la côte d'Afrique de l'Est est marquée par des migrations de groupes ou d'individus de la péninsule arabique. On a beaucoup écrit sur ce sujet; le point de vue des historiens est passé d'une caractérisation des centres côtiers de l'Afrique orientale comme "colonies arabes" à une réévaluation plus récente d'une civilisation swahilie urbaine comme essentiellement africaine. Cependant, il n'a pas été facile de suivre les mouvements de certains groupes de migrants, car la plupart de ces migrations (réelles ou supposées) se sont produites voici plusieurs siècles. Qu'est ce qui a incité à ces migrations ? Quel a été l'impact des nouveaux arrivants sur les centres sociaux de l'Afrique orientale, et dans quelle mesure ont-ils contribué à l'élaboration de ces villes et ces sociétés ? Combien de temps a-t-il fallu aux migrants arabes pour s'intégrer pleinement dans le nouvel environnement socio-économique? Le but de cette communication est de répondre à certaines de ces questions en l'illustrant par une migration qui a eu lieu à la fin du XIXe siècle et concernait la quasi-totalité de la qabila sud-arabien de 'Umar Ba 'Umar, un groupe d'abord installé dans et autour d'une ville de l'intérieur, Ghayl Ba Wazir, qui se trouve à une trentaine de kilomètres des ports de Mukalla et Shihr. Ce groupe a quitté l'Hadramaout vers la fin des années 1880 et s'est finalement installé à Brava, une ville côtière du sud de la Somalie en, 1890. La première mention de leur présence à Brava se trouve dans les dossiers judiciaires de cette ville, qui ont été conservés pour la période 1893-1900. L'information orale, ainsi que des observations personnelles de l'auteur, couvrent la période ultérieure de leur vie à Brava, ville quittée lors du déclenchement de la guerre civile en 1991, qui a contraint les migrants à retourner dans leur ville d'origine dans l'Hadramaout.

Iain Walker

University of Oxford

 

Is social capital fungible? The rise and fall of the Sanduk microcredit project in Ngazidja

In 1993 the Sanduk, a French microcredit project that was explicitly modelled on the Bangladeshi Grameen Bank, was established on Ngazidja. Reasoning that in order to succeed the project would need to adapt to local conditions, the project operators drew up a blueprint for the project that was inspired by the Grameen Bank but attentive to the specific social and cultural context, thus merging Bangladeshi principles of social solidarity with a Ngazidja cultural context. The concept of social capital was invoked and oversight of the bank conferred upon customary authority figures, the assumption being that men who had acquired status in a ritual context would be able to exercise authority over the banks debtors. This proved not to be the case; many of the banks found themselves operating without effective control and were chronically dysfunctional. This paper looks at how the concept of social capital framed thinking within the project management, and suggests why this led to failure.

En 1993, le Sanduk, un projet français de microcrédit conçu explicitement sur le modèle de la Banque Grameen du Bangladesh, a été établi sur Ngazidja. Considérant que pour réussir, le projet devrait s'adapter aux conditions locales, les opérateurs du projet ont élaboré un plan de projet inspiré par la Grameen Bank, mais qui été attentif au contexte social et culturel spécifique, fusionnant ainsi les principes de la solidarité sociale bangladaise avec le contexte culturel de Ngazidja. La notion de capital social a été invoquée, et la surveillance de la banque conférée donc aux détenteurs de l'autorité coutumière, selon l'hypothèse que les hommes qui avaient acquis ce statut dans un contexte rituel seraient en mesure d'exercer leur autorité sur les débiteurs des banques. Cela s'est avéré ne pas être le cas; de nombreuses banques se sont trouvées sans contrôle effectif, et ont été chroniquement dysfonctionnelles. Cette communication examine comment l'idée de capital social a façonné la politique de gestion au sein du projet, et montre pourquoi cette politique a conduit à l'échec.

Martin Walsh &
Helle Goldman

University of Cambridge/
Norwegian Polar Institute

 

Chasing imaginary leopards: science, witchcraft and the politics of conservation in Zanzibar

The Zanzibar leopard (Panthera pardus adersi) is (was) a little-known subspecies endemic to Unguja island. Rapid population growth and the expansion of farming in the 20th century destroyed leopard habitat and decimated their natural prey, bringing them into increasing conflict with people. Villagers explained the growing number of attacks on their children and livestock by theorising that the leopards responsible for them were owned by witches and sent by them to do harm. Following the Zanzibar Revolution in 1964, localised efforts to act on this theory culminated in an island-wide leopard eradication and witch-finding campaign, supported by the government. By the 1990s state-subsidised hunting had brought the leopard to the brink of extinction, and most zoologists now presume it to be extinct. However, many islanders believe that witches and their kept leopards are still active in rural Unguja, and leopard sightings continue to be reported. Beguiled by leopard-keeping narratives, visiting researchers and local conservationists have continued to pursue these elusive felids in the field. In this paper, based on joint ethnographic research begun in 1996, we describe and analyse a series of unsuccessful "kept leopard chases", including abortive calls by government officials for the capture and display of domesticated leopards. The result is a case study of conflicting knowledge claims and the politics of conservation in Zanzibar that exposes contradictions of cultural practice and belief that remain to be resolved.

Le léopard de Zanzibar (Panthera pardus Adersi) est (était) une sous-espèce endémique peu connue de l'île d' Unguja. Une croissance démographique rapide ainsi que l'expansion de l'agriculture au 20ème siècle a détruit l'habitat du léopard et a décimé leurs proies naturelles, les amenant à rentrer en conflit avec les êtres humains. Les villageois expliquaient le nombre croissant d'attaques sur leurs enfants et sur le bétail en émettant l'hypothèse que les léopards qui en étaient responsables appartenaient à des sorciers et ont été envoyés par ces derniers pour leur faire du mal. Suite à la révolution de Zanzibar en 1964, des efforts localisés pour agir sur les bases de cette théorie ont abouti à une campagne d'éradication du léopard et à une chasse aux sorcières à l'échelle de l'île, soutenue par le gouvernement. Dans les années 1990, la chasse au léopard, subventionnée par l'Etat, avait mené le léopard au bord de l'extinction, et la plupart des zoologistes considèrent maintenant qu'il s'est éteint. Toutefois, de nombreux insulaires estiment que les sorciers et leurs léopards conservés sont encore actifs dans les régions rurales d'Unguja, et les observations de léopards continuent d'être signalées. Séduit par des récits de maintien de léopard, les chercheurs en mission ainsi que les écologistes locaux ont poursuivi ces félidés insaisissables sur le terrain. Dans cet article, basé sur une recherche ethnographique conjointe débutée en 1996, nous décrivons et analysons une série de "chasse au léopard conservé" sans réussite, y compris les appels sans succès de la part des représentants du gouvernement pour la capture et l'exposition des léopards domestiqués. Le résultat est une étude de cas de revendications contradictoires des connaissances et la politique de conservation de Zanzibar, qui exposent les contradictions d'une pratique et d'une croyance culturelle qui doivent encore être résolues.

Merci à Marie-Aude Fouéré pour son assistance avec les traductions en français!